| Titre : | Socialter : Post-capitaliste, écologie-te, low-tech | | Titre original : | Quand La science-fiction fait sa révolution | | Type de document : | texte imprimé | | Editeur : | Paris [France] : Hachette Littérature | | Année de publication : | 2025 | | Importance : | 97 p. | | Présentation : | ill. Photo | | Format : | 21 x 28 cm | | ISBN/ISSN/EAN : | 3781207908500 | | Prix : | 8,50 | | Langues : | Français (fre) | | Mots-clés : | 'Socialter' 'capitalisme' 'science-fiction' 'afrofuturisme' 'citoyen' 'utopie' 'alternatif' 'alternative' | | Résumé : | « La science-fiction fait sa révolution », par Elsa Gautier, rédactrice en chef de Socialter.
L’écologie a toujours bousculé le récit du futur. Depuis sa naissance au XIXème siècle, elle malmène les certitudes du Progrès et conteste l’« apocalypse joyeuse » de la modernité industrielle.
Ses partisans, et les scientifiques qui les éclairent, ont souvent les yeux rivés sur l’horizon. L’écologie est par essence un souci des lendemains, les nôtres et ceux des générations muettes à venir, facilement oubliées par le court-termisme des dividendes et des démagogues.
Pour forcer la société à prendre soin du futur, des militants de l’écologie manient depuis longtemps une arme puissante, la seule peut-être qui puisse faire lever les yeux du présent : la peur. Ils ont souvent pris des accents millénaristes, parfois moqués. Dans les années 1970, LaGueule ouverte se targuait ainsi d’être « Le journal qui annonce la fin du monde ». Lors d’un passage fameux à la télévision, René Dumont, premier candidat écologiste à la présidentielle en 1974, alertait, verre à la main : « Vous savez ce qui va se passer ? Nous allons manquer d’eau. Et c’est pourquoi je bois devant vous un verre d’eau précieuse puisqu’avant la fin du siècle, elle manquera. »
Hiver nucléaire, pic pétrolier, planète étuve, extinction de masse : les alertes vertes fournissent depuis les années 1970 une matière inépuisable aux scénaristes de dystopie. Le philosophe Hans Jonas a même théorisé en 1979 cette nécessité de faire de l’anticipation du pire une boussole éthique (l’« heuristique de la peur ») pour susciter une action responsable. « La prophétie de malheur est faite pour éviter qu’elle se réalise ».
Mais l’effroi ne suffit pas. Car la peur peut se doubler en chacun de nous d’un sentiment – largement justifié – d’impuissance. Et la perspective du pire ne conduit pas nécessairement à un autre monde possible. Elle peut au contraire alimenter un survivalisme sans scrupules, sans égards pour les plus vulnérables, les nations du Sud, les autres espèces. Un « fascisme de la fin des temps », pour reprendre les mots de Naomi Klein et Astra Taylor, qui construit des bunkers privés pour l’élite et des nations forteresses pour les masses3.
Pour lui faire face, il manque encore à l’écologie un futur de rechange. « Un récit non pas de fin, mais de renouveau ; non pas de séparation ni de suprématie, mais d’interdépendance et d’appartenance ; non pas de fuite, mais d’enracinement et de fidélité à cette réalité terrestre troublée dans laquelle nous sommes pris et liés les un.es aux autres », écrivent les deux autrices.
Cet imaginaire post-capitaliste, une poignée d’écrivains et écrivaines travaillent déjà à le forger. Délaissant les futurs obsolètes de la SF, leurs utopies sont terrestres, égalitaires, décroissantes et cosmopolites. Puisse leur imagination, si féconde sous la contrainte, faire de la fin de notre monde – celui du capitalisme fossile –, non plus un événement à craindre, mais une aventure commune à désirer.
| | Note de contenu : | - entretien avec Paul Guillibert
- Désactiver la fatalité
- fin du capitalisme
- afrofuturisme
- futurologie citoyenne
- galaxie des utopies
- futurs alternatifs | | En ligne : | https://www.socialter.fr/article/socialter-71-edito-science-fiction-ecologie-fut [...] |
Socialter = Quand La science-fiction fait sa révolution : Post-capitaliste, écologie-te, low-tech [texte imprimé] . - Paris (France) : Hachette Littérature, 2025 . - 97 p. : ill. Photo ; 21 x 28 cm. ISSN : 3781207908500 : 8,50 Langues : Français ( fre) | Mots-clés : | 'Socialter' 'capitalisme' 'science-fiction' 'afrofuturisme' 'citoyen' 'utopie' 'alternatif' 'alternative' | | Résumé : | « La science-fiction fait sa révolution », par Elsa Gautier, rédactrice en chef de Socialter.
L’écologie a toujours bousculé le récit du futur. Depuis sa naissance au XIXème siècle, elle malmène les certitudes du Progrès et conteste l’« apocalypse joyeuse » de la modernité industrielle.
Ses partisans, et les scientifiques qui les éclairent, ont souvent les yeux rivés sur l’horizon. L’écologie est par essence un souci des lendemains, les nôtres et ceux des générations muettes à venir, facilement oubliées par le court-termisme des dividendes et des démagogues.
Pour forcer la société à prendre soin du futur, des militants de l’écologie manient depuis longtemps une arme puissante, la seule peut-être qui puisse faire lever les yeux du présent : la peur. Ils ont souvent pris des accents millénaristes, parfois moqués. Dans les années 1970, LaGueule ouverte se targuait ainsi d’être « Le journal qui annonce la fin du monde ». Lors d’un passage fameux à la télévision, René Dumont, premier candidat écologiste à la présidentielle en 1974, alertait, verre à la main : « Vous savez ce qui va se passer ? Nous allons manquer d’eau. Et c’est pourquoi je bois devant vous un verre d’eau précieuse puisqu’avant la fin du siècle, elle manquera. »
Hiver nucléaire, pic pétrolier, planète étuve, extinction de masse : les alertes vertes fournissent depuis les années 1970 une matière inépuisable aux scénaristes de dystopie. Le philosophe Hans Jonas a même théorisé en 1979 cette nécessité de faire de l’anticipation du pire une boussole éthique (l’« heuristique de la peur ») pour susciter une action responsable. « La prophétie de malheur est faite pour éviter qu’elle se réalise ».
Mais l’effroi ne suffit pas. Car la peur peut se doubler en chacun de nous d’un sentiment – largement justifié – d’impuissance. Et la perspective du pire ne conduit pas nécessairement à un autre monde possible. Elle peut au contraire alimenter un survivalisme sans scrupules, sans égards pour les plus vulnérables, les nations du Sud, les autres espèces. Un « fascisme de la fin des temps », pour reprendre les mots de Naomi Klein et Astra Taylor, qui construit des bunkers privés pour l’élite et des nations forteresses pour les masses3.
Pour lui faire face, il manque encore à l’écologie un futur de rechange. « Un récit non pas de fin, mais de renouveau ; non pas de séparation ni de suprématie, mais d’interdépendance et d’appartenance ; non pas de fuite, mais d’enracinement et de fidélité à cette réalité terrestre troublée dans laquelle nous sommes pris et liés les un.es aux autres », écrivent les deux autrices.
Cet imaginaire post-capitaliste, une poignée d’écrivains et écrivaines travaillent déjà à le forger. Délaissant les futurs obsolètes de la SF, leurs utopies sont terrestres, égalitaires, décroissantes et cosmopolites. Puisse leur imagination, si féconde sous la contrainte, faire de la fin de notre monde – celui du capitalisme fossile –, non plus un événement à craindre, mais une aventure commune à désirer.
| | Note de contenu : | - entretien avec Paul Guillibert
- Désactiver la fatalité
- fin du capitalisme
- afrofuturisme
- futurologie citoyenne
- galaxie des utopies
- futurs alternatifs | | En ligne : | https://www.socialter.fr/article/socialter-71-edito-science-fiction-ecologie-fut [...] |
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