| Titre : | L'art même n°99 : 2e Quadrimestre 2026 | | Titre original : | CHRONIQUE DES ARTS PLASTIQUES DE LA COMMUNAUTE FRANÇAISE DE BELGIQUE | | Type de document : | texte imprimé | | Auteurs : | Collectif, Auteur ; Christine JAMART, Auteur | | Editeur : | GRIMMEAU Adrien | | Année de publication : | 2026 | | Autre Editeur : | DEFOSSE, Daphné | | Importance : | 78 p. | | Présentation : | ill en coul | | Format : | 22,5 cm | | ISBN/ISSN/EAN : | 7433 | | Note générale : | l’art même est une revue d’art quadrimestrielle née en 1998, éditée par la Direction des Arts visuels et, depuis 2023, par l’ISELP, Institut Supérieur pour l’Étude du Langage Plastique. Fondée et dirigée par Christine Jamart, la revue ambitionne de dresser un état des lieux de la création actuelle, belge et internationale, en tentant de cerner la définition et les enjeux de l’art. | | Langues : | Français (fre) | | Résumé : | Le numéro 99, consacré à l’art à l’épreuve de la guerre, ouvre plus largement la question : comment dire l’immonde, comment dire l’innommable, « l’irreprésentable, l’inimaginable, l’intraduisible », ces hantises (T. Trémeau) qui portent en elles la profondeur de l’inquiétant, et qui nous renvoient aux Tristes pressentiments de ce qui va arriver ? Que peut la fiction face au réel ? Ne serions-nous pas, se demande l’un des auteurs, dans « l’après-fiction », un peu comme « l’après-vie » ? Dans cet univers en pleine détérioration, comment dessiner de nouveaux lieux : un lieu qui ne soit pas condamné à être refait, qui ne soit pas une fuite en avant, un alibi d’un entassement désespérant et de triomphe chimérique, mais plutôt la retrouvaille d’un désir ignoré, d’un inhabitable, d’un jeu d’espace dont nous avons perdu l’art d’inventer ?
En cela, la guerre oblige l’artiste à l’audace : créer des formes inédites d’expression pour saisir l’indicible folie. Il a alors la rage d’exprimer la ruine du monde : ici, lui rendre justice ; ailleurs, lui prêter une voix, fût-elle chancelante, hésitante, boiteuse ; là, spectraliser les images pour signifier le désastre de l’intime, obscur et détourné. Dans un projet encore à venir, il s’agit de tailler un écart et d’ouvrir des possibles, d’introduire une brèche dans le monde en s’inspirant de sa part maudite, à la manière d’Artaud et de son théâtre de la cruauté, où « toute création [devient] un acte de guerre » (Y. Depelsenaire, Le théâtre de la cruauté et la guerre).
Des dispositifs dissidents sont alors à explorer : une « contre-géographie » pour les peuples dispersés, bousculant la stabilité géopolitique ; la scène pour une revendication de territoires perdus et une occasion de représenter, avec tout ce que ce préfixe comporte de réminiscences (A. Chabrat-Kadjan, Œuvrer sous occupation militaire : représenter la Palestine depuis son territoire). Il exhume ainsi la vérité en murmurant ses bribes oubliées, non pas à travers l’Histoire consensuelle, mais à travers de petites histoires qui n’ont plus voix au chapitre. Il s’agit de représenter ce qui ne peut être présent, faisant surgir l’irreprésentable du politique, en ces temps out of joint.
À côté des lieux tiers et de transition subvertissant le pouvoir, « inventions nécessaires pour habiter les silences de l’histoire » (A. Jattiot), les chiasmes et les antithèses – « ce que nous voyons, ce qui nous regarde », « à propos de tout ou presque rien » (titres d’articles) – creusent à leur tour l’interstice et renouvellent les objets : livre, dispositif, œuvre conceptuelle, genre paysage. L’art se voit également assigné à une autre tâche : réhabiliter l’effacement de la trace, comme une guerre contre l’oubli, comme une résistance au silence (R. Lindberg), comme autant de territoires de la mémoire (M. Cambier) instable et passagère (Entretien avec G. Kruip). Cette mémoire brise la linéarité du temps pour offrir la possibilité d’un futur antérieur : le passé est là, juste devant nous (S. I.V. Janssen), empêchant son instrumentalisation sous des formes identitaires.
Laisser une trace n’est peut-être pas l’enjeu. C’est l’impossibilité d’en laisser qui engendre l’invention de nouveaux procédés. Le retour de la trace, véhiculant les échos du disparu, s’étend à d’autres territoires, en quête d’ouverture expérimentale. Ainsi de l’indécision esthétique de Bonnard et de l’impermanence de ses œuvres, mettant en avant l’idée d’atelier de l’artiste qui prend en réparation le monde, par fragments, comme il lui vient, selon le parti pris de Ponge. Il en va de même de l’eau qui parle ; du son immatériel de Germaine Kruip, forme primordiale de connexion, qui se déploie aux dimensions de la nature ; des cartes de Marie Zolamian retraçant ses « exils choisis » ; du Feuillaison recelant les fragments d’un univers en expansion d’Aïda Kazarian, d’un oiseau qui condense toutes les voyelles de Dominique Thirion ; d’un silence enfin jouant du paradoxe. Ces choses scrutent la poésie du fugitif, une valeur de rareté dans le temps, pour reprendre l’expression de Freud dans passagèreté, une brièveté qui fait basculer le regard de qui sait la saisir, accroissant le charme de l’éphémère et l’irréductible de la condition humaine.
À la manière de la révolte de Rimbaud ou de l’ange de l’histoire, ces artistes révèlent la figure de la désobéissance à l’impératif guerrier, la résistance à la tempête du progrès (C. Davin, (Faire) face au nucléaire). Chantres de la flânerie et de l’errance, voie « d’accès à d’intimes beautés » (R. Balau), ils invitent le spectateur à repousser les frontières de l’art pour en éprouver l’inédit.
| | Note de contenu : | DOSSIER
L'ART Á L'ÉPREUVE DE LA GUERRE
4
Traces de guerre
Entretien avec Thomas Berns et Déborah V. Brosteaux
8
Hantises
12
Le théâtre de la cruauté et la guerre
15
Ukraine
Vivre et créer en temps de guerre
Entretien avec Yarema
Malashchuk & Roman Khimei
18
La terre est bleue comme une orange
22
Proche et Moyen-Orient
The Watchman d'Ali Cherri ou l'inconcevable univers
24
Résistance au silence
Sur l'exposition we refuse_d
27
Œuvrer sous occupation militaire
Représenter la Palestine depuis son territoire
EXTRAMUROS
30
Léa Belooussovitch
La mémoire à l'œuvre
31
Le Syndrome de Bonnard
Lieven De Bock breaking free
IN SITU
36
La Maison des Arts de Schaerbeek
De la maison au jardin, territoires de la mémoire
39
Art-sur-Meuse
Germaine Kruip
La mémoire passagere
40
La Maison Losseau se redéfinit, Dominique Thirion y désobéit
INTRAMUROS
42
Becoming ancestors
Le passé est là, juste devant nous
45
Euridice Zaituna Kala
Mécanique des fluides
46
Haute Nuit & Trabendo
49
Lutz Bacher
Acid house
50
(Faire) face au nucléaire
52
Call me gravity
54
Ho Tzu Nyen
Ce que nous voyons, ce qui nous regarde
56
a minima
À propos de tout ou presque rien
58
Notes anecdotiques sur la présence de Lawrence Weiner en Belgique
60
D'après nature
(Ré)apprendre à voir
ÉDITION
61
Valentin Caponı
Tirons les cartes
62
Marie Zolamian.
Le jardin sans soleil
Habiter les silences
64
Petticoat Government
Les géantes dansent encore
65
Katja Matter
Silence, l'épais sillon d'une fiction
66
La performance narrative.
Arts, Littérature, Scène Le jeu de la scène et de la parole
68
Insula de Théo Casciani
L'ile, la mort et la morale
69
Michel Couturier.
La friche, la galaxie
70
Aïda Kazarian. Feuillaison
Turning overa new lea
AGENDA ETC
71-79 |
L'art même n°99 = CHRONIQUE DES ARTS PLASTIQUES DE LA COMMUNAUTE FRANÇAISE DE BELGIQUE : 2e Quadrimestre 2026 [texte imprimé] / Collectif, Auteur ; Christine JAMART, Auteur . - [S.l.] : GRIMMEAU Adrien : [S.l.] : DEFOSSE, Daphné, 2026 . - 78 p. : ill en coul ; 22,5 cm. ISSN : 7433 l’art même est une revue d’art quadrimestrielle née en 1998, éditée par la Direction des Arts visuels et, depuis 2023, par l’ISELP, Institut Supérieur pour l’Étude du Langage Plastique. Fondée et dirigée par Christine Jamart, la revue ambitionne de dresser un état des lieux de la création actuelle, belge et internationale, en tentant de cerner la définition et les enjeux de l’art. Langues : Français ( fre) | Résumé : | Le numéro 99, consacré à l’art à l’épreuve de la guerre, ouvre plus largement la question : comment dire l’immonde, comment dire l’innommable, « l’irreprésentable, l’inimaginable, l’intraduisible », ces hantises (T. Trémeau) qui portent en elles la profondeur de l’inquiétant, et qui nous renvoient aux Tristes pressentiments de ce qui va arriver ? Que peut la fiction face au réel ? Ne serions-nous pas, se demande l’un des auteurs, dans « l’après-fiction », un peu comme « l’après-vie » ? Dans cet univers en pleine détérioration, comment dessiner de nouveaux lieux : un lieu qui ne soit pas condamné à être refait, qui ne soit pas une fuite en avant, un alibi d’un entassement désespérant et de triomphe chimérique, mais plutôt la retrouvaille d’un désir ignoré, d’un inhabitable, d’un jeu d’espace dont nous avons perdu l’art d’inventer ?
En cela, la guerre oblige l’artiste à l’audace : créer des formes inédites d’expression pour saisir l’indicible folie. Il a alors la rage d’exprimer la ruine du monde : ici, lui rendre justice ; ailleurs, lui prêter une voix, fût-elle chancelante, hésitante, boiteuse ; là, spectraliser les images pour signifier le désastre de l’intime, obscur et détourné. Dans un projet encore à venir, il s’agit de tailler un écart et d’ouvrir des possibles, d’introduire une brèche dans le monde en s’inspirant de sa part maudite, à la manière d’Artaud et de son théâtre de la cruauté, où « toute création [devient] un acte de guerre » (Y. Depelsenaire, Le théâtre de la cruauté et la guerre).
Des dispositifs dissidents sont alors à explorer : une « contre-géographie » pour les peuples dispersés, bousculant la stabilité géopolitique ; la scène pour une revendication de territoires perdus et une occasion de représenter, avec tout ce que ce préfixe comporte de réminiscences (A. Chabrat-Kadjan, Œuvrer sous occupation militaire : représenter la Palestine depuis son territoire). Il exhume ainsi la vérité en murmurant ses bribes oubliées, non pas à travers l’Histoire consensuelle, mais à travers de petites histoires qui n’ont plus voix au chapitre. Il s’agit de représenter ce qui ne peut être présent, faisant surgir l’irreprésentable du politique, en ces temps out of joint.
À côté des lieux tiers et de transition subvertissant le pouvoir, « inventions nécessaires pour habiter les silences de l’histoire » (A. Jattiot), les chiasmes et les antithèses – « ce que nous voyons, ce qui nous regarde », « à propos de tout ou presque rien » (titres d’articles) – creusent à leur tour l’interstice et renouvellent les objets : livre, dispositif, œuvre conceptuelle, genre paysage. L’art se voit également assigné à une autre tâche : réhabiliter l’effacement de la trace, comme une guerre contre l’oubli, comme une résistance au silence (R. Lindberg), comme autant de territoires de la mémoire (M. Cambier) instable et passagère (Entretien avec G. Kruip). Cette mémoire brise la linéarité du temps pour offrir la possibilité d’un futur antérieur : le passé est là, juste devant nous (S. I.V. Janssen), empêchant son instrumentalisation sous des formes identitaires.
Laisser une trace n’est peut-être pas l’enjeu. C’est l’impossibilité d’en laisser qui engendre l’invention de nouveaux procédés. Le retour de la trace, véhiculant les échos du disparu, s’étend à d’autres territoires, en quête d’ouverture expérimentale. Ainsi de l’indécision esthétique de Bonnard et de l’impermanence de ses œuvres, mettant en avant l’idée d’atelier de l’artiste qui prend en réparation le monde, par fragments, comme il lui vient, selon le parti pris de Ponge. Il en va de même de l’eau qui parle ; du son immatériel de Germaine Kruip, forme primordiale de connexion, qui se déploie aux dimensions de la nature ; des cartes de Marie Zolamian retraçant ses « exils choisis » ; du Feuillaison recelant les fragments d’un univers en expansion d’Aïda Kazarian, d’un oiseau qui condense toutes les voyelles de Dominique Thirion ; d’un silence enfin jouant du paradoxe. Ces choses scrutent la poésie du fugitif, une valeur de rareté dans le temps, pour reprendre l’expression de Freud dans passagèreté, une brièveté qui fait basculer le regard de qui sait la saisir, accroissant le charme de l’éphémère et l’irréductible de la condition humaine.
À la manière de la révolte de Rimbaud ou de l’ange de l’histoire, ces artistes révèlent la figure de la désobéissance à l’impératif guerrier, la résistance à la tempête du progrès (C. Davin, (Faire) face au nucléaire). Chantres de la flânerie et de l’errance, voie « d’accès à d’intimes beautés » (R. Balau), ils invitent le spectateur à repousser les frontières de l’art pour en éprouver l’inédit.
| | Note de contenu : | DOSSIER
L'ART Á L'ÉPREUVE DE LA GUERRE
4
Traces de guerre
Entretien avec Thomas Berns et Déborah V. Brosteaux
8
Hantises
12
Le théâtre de la cruauté et la guerre
15
Ukraine
Vivre et créer en temps de guerre
Entretien avec Yarema
Malashchuk & Roman Khimei
18
La terre est bleue comme une orange
22
Proche et Moyen-Orient
The Watchman d'Ali Cherri ou l'inconcevable univers
24
Résistance au silence
Sur l'exposition we refuse_d
27
Œuvrer sous occupation militaire
Représenter la Palestine depuis son territoire
EXTRAMUROS
30
Léa Belooussovitch
La mémoire à l'œuvre
31
Le Syndrome de Bonnard
Lieven De Bock breaking free
IN SITU
36
La Maison des Arts de Schaerbeek
De la maison au jardin, territoires de la mémoire
39
Art-sur-Meuse
Germaine Kruip
La mémoire passagere
40
La Maison Losseau se redéfinit, Dominique Thirion y désobéit
INTRAMUROS
42
Becoming ancestors
Le passé est là, juste devant nous
45
Euridice Zaituna Kala
Mécanique des fluides
46
Haute Nuit & Trabendo
49
Lutz Bacher
Acid house
50
(Faire) face au nucléaire
52
Call me gravity
54
Ho Tzu Nyen
Ce que nous voyons, ce qui nous regarde
56
a minima
À propos de tout ou presque rien
58
Notes anecdotiques sur la présence de Lawrence Weiner en Belgique
60
D'après nature
(Ré)apprendre à voir
ÉDITION
61
Valentin Caponı
Tirons les cartes
62
Marie Zolamian.
Le jardin sans soleil
Habiter les silences
64
Petticoat Government
Les géantes dansent encore
65
Katja Matter
Silence, l'épais sillon d'une fiction
66
La performance narrative.
Arts, Littérature, Scène Le jeu de la scène et de la parole
68
Insula de Théo Casciani
L'ile, la mort et la morale
69
Michel Couturier.
La friche, la galaxie
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Aïda Kazarian. Feuillaison
Turning overa new lea
AGENDA ETC
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